Notre histoire

Une association née du terrain

L’association Kolone a été fondée par des personnes engagées durant l’hiver 2009-2010 auprès des exilé·e·s des premiers grands camps des 10e et 19e arrondissements de Paris, afin de pallier le manque de dispositif public d’enseignement du français  aux demandeurs d’asile. 

Depuis sa fondation en 2011, Kolone a continué au fil des années de proposer des cours de français aux nouveaux et nouvelles arrivant·e·s sur le territoire, la langue étant le premier obstacle à la vie quotidienne.

Grâce à son expérience de terrain, l’association a développé une expertise dans le domaine des apprentissages linguistiques des étranger·e·s en situation de grande rupture (familiale, sociale), ainsi qu’une solide connaissance des étapes de leur parcours éducatif, administratif et juridique. 

Avec son implantation en 2022 dans le petit quartier Algérie du 19e arrondissement, Kolone a également ouvert ses portes aux habitantes et habitants du voisinage.

Les principes au cœur du projet associatif

  • Une inconditionnalité de l’accueil 
  • Un enseignement du français porté par des professionnel·le·s et des bénévoles travaillant en étroite coordination 
  • Une attention particulière aux langues étrangères via des projets culturels, via la formation et via l’engagement dans les enjeux de l’interprétariat 
  • Une capacité à travailler en petit collectif 
  • Un développement de projets mû par une réflexion sur les évolutions du contexte migratoire et dans une perspective solidaire.


Comment assimiler une langue aussi difficile que le français quand on vit dans l’incertitude et la précarité ?

Comment ne pas se décourager quand on n’a pas fréquenté d’école depuis des années ? Comment se concentrer quand on est confronté à de multiples angoisses sur sa situation ou celle de ses proches ? 

L’incertitude liée au séjour constitue  le premier frein à l’apprentissage. Kolone accueille une centaine de personnes par an, sans condition de statut. La plupart sont en France depuis moins de cinq ans; ils rencontrent des obstacles quotidiens, qu’ils soient d’ordre administratif, de santé, d’hébergement, de logement, ou d’emploi. 

Les cours de français sont conçus et animés par une petite équipe d’enseignant·e·s formé·e·s et travaillant sous le pilotage d’une coordinatrice pédagogique. Cette configuration permet d’offrir un cadre propice à l’apprentissage à taille humaine, tout en répondant aux besoins concrets des apprenant.e.s, souhaitant notamment passer des diplômes d’État et ainsi pouvoir stabiliser leur situation.

Pourquoi Kolone s’appelle Kolone ? 

Le nom de Kolone vient de la tragédie de Sophocle Œdipe à Colone, où le demandeur d’asile Œdipe s’arrête à l’entrée de la cité d’Athènes, dans un lieu propice où parler ; il exige « un endroit où nous serons sur le territoire de la piété et où nous pourrons nous entendre ». On est au seuil de la cité d’Athènes ; l’étranger demande asile au seuil ; Thésée le roi de la cité se rend au seuil toutes affaires cessantes pour écouter cet étranger qui a peur, qui est menacé. 

L’idée de Kolone c’est le seuil, et c’est à cet endroit de passage et d’entrée, c’est dans cette notion-là que doit se situer l’apprentissage du français. Est-ce que l’espace des cours de français est un lieu paisible ? Les échos de la guerre sont envahissants dans Œdipe à Colone – la famille du demandeur d’asile qu’est Œdipe tente de le convaincre ou le supplie de revenir dans des histoires de guerre, des conflits fratricides, à Thèbes d’où il vient. Il ne veut plus en entendre parler. Cela lui est insupportable. Il y a une chance oui de laisser tout ça à la porte en entrant dans le cours de français, c’est un espace protégé où nous pourrons nous entendre.

Source : « Désarmer le français », Emmanuelle Gallienne, Non-lieux de l’exil