La médiation linguistique et interculturelle

L’interprétariat et la médiation sont deux champs qui se développent et se professionnalisent, principalement dans le domaine de la santé. Ils sont cependant inexistants dans la plupart des services publics et dans l’accompagnement social en France. Ils permettent pourtant de garantir des parcours d’accompagnement justes, efficaces et respectueux des personnes et de leurs droits.

Médiation interculturelle, médiation en santé, médiation paire

La médiation interculturelle impose une prise en compte des contextes socioculturels de chacun·e afin de rendre possible la compréhension et le dialogue. Cette fonction d’intermédiaire culturel permet par exemple d’expliciter certains aspects relevant du contexte culturel de l’usager aux membres de l’équipe professionnelle ou bénévole avec laquelle le·la médiateur·rice travaille. Cela évite ainsi de nombreux malentendus et réduit les biais. Mais la médiation interroge aussi les pratiques des professionnel·e·s.

Lorsqu’elle est exercée par des personnes récemment arrivées en France et ayant un parcours migratoire, on peut parler de médiation paire. Le travail pair désigne « l’action de professionnel·le·s rémunéré·e·s, exerçant dans le secteur de la lutte contre les exclusions et s’appuyant, dans leur pratique professionnelle, sur une expérience de vie pouvant être rencontrée par les personnes accompagnées » (Guide Travail Pair, Santé Mentale et Lutte contre les Exclusions – FAS Île-de-France).

Se former

Malgré la nécessité de ces métiers, il n’existe actuellement aucun diplôme d’Etat unique reconnu afin d’exercer en tant qu’interprète ou médiateur·rice interculturel·le/en santé. Dans ce contexte, différents acteurs tentent de pallier ce manque de formation. 

Côté interprétariat, des associations se sont constituées en réseau en 2019, le Réseau de l’interprétariat médical et social (RIMES), afin de promouvoir et développer l’interprétariat médical et social professionnel. Le RIMES co-construit notamment un modèle de formation d’interprète professionnel·le en interne des associations y participant, comme le propose Osiris interprétariat.

Coté médiation linguistique et interculturelle, plusieurs universités, en partenariat avec des organismes travaillant sur les questions de migrations et d’accueil, ont principalement ouvert des Diplômes universitaires (DU) centrés sur les enjeux de médiation et d’interprétation en contexte migratoire, offrant une formation diplômante. 

Plaidoyer

Ces formations s’inscrivent dans un mouvement plus global ces dernières années de plaidoyer pour la reconnaissance de ces métiers, pour la formation de médiateur·rice·s et d’interprètes et pour la sensibilisation des professionnel·le·s amené·e·s à travailler avec elles et eux, ainsi que pour la généralisation de l’accès à la médiation et l’interprétariat professionnel.

Le RIMES s’est en effet positionné de nouveau sur ces questions en rédigeant un « Plaidoyer en faveur de l’interprétariat médical et social non lucratif », de même qu’ISM Interprétariat avec sa « Note d’observation et de positionnement pour un accès effectif à l’interprétariat en santé » de 2024. Plus récemment, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) a porté un plaidoyer national sur la santé des personnes exilées, dans lequel est intégré un focus sur l’interprétariat en santé, considéré comme maillon essentiel pour l’accès aux soins.

* Toutes les citations présentées sur cette page sont issues de la journée de tables rondes du 30 janvier 2026 « Interprétariat et médiation : mieux accompagner les personnes allophones au quotidien », organisée par Kolone, Médecins du Monde, le Comede et la Fédération des acteurs de la solidarité Île-de-France.

L’interprétariat

L’interprétariat consiste à faciliter la compréhension et les échanges entre interlocuteurs ne parlant pas la même langue. L’interprète rend le dialogue possible et agit comme pont entre deux langues, deux cultures, deux mondes. Il est nécessaire dans de multiples contextes de la vie de l’étranger en France : consultation médicale (santé somatique, santé mentale), école, CAF, services de l’emploi, etc. C’est un métier qui a émergé progressivement depuis des pratiques bénévoles, à partir des années 1970.

 

« La fonction de l’interprète, comment je la conçois et je la vis, c’est, au moins de façon temporaire, ne pas être moi-même. Prêter ma voix, y compris mon corps, à quelqu’un d’autre qui ne peut pas avoir un droit dans un moment déterminé. » 

Victor Galarraga, interprète chez ISM Interprétariat et médiateur en santé communautaire*


Pour en apprendre davantage sur le métier d’interprète médical et social :

Pour en apprendre davantage sur le travail pair et la pair-aidance :

Associations membres du RIMES :

La parole aux DU

« Une grande partie des médiateurs et interprètes en santé sont des personnes qui ont eu des parcours de migration parfois très semblables aux personnes qu’ils accompagnent, donc potentiellement aussi difficiles, voire parfois traumatiques. C’est extrêmement dur de travailler en entendant toute la journée des récits extrêmement forts, intenses, d’une violence extrême et emplis de souffrance… Comme l’Orspere-Samdarra travaille sur la santé mentale, on s’est dit qu’on ne pouvait pas envoyer des personnes qui elles-mêmes n’ont pas été soutenues travailler sur la santé mentale d’autres personnes. On a donc dans notre DU un module assez conséquent sur la clinique de la migration : nos étudiants travaillent beaucoup sur le psychotrauma, sur l’impact des parcours migratoires sur les personnes, sur la langue, et également sur l’impact des parcours administratifs. »

– Ada-Luz Duque, Chargée de mission à l’Orspere-Samdarra et responsable pédagogique du DU DIALOGUES*

« La particularité de l’INALCO est que 103 langues y sont enseignées, dont des langues dites rares, mais qui sont en réalité très représentées parmi les publics migrants. C’est donc un lieu relativement idéal pour proposer un DU sur la médiation et les migrations. Il y a des cours sur l’anthropologie de la migration et les questions relatives à l’accueil, des ateliers de réflexion sur le positionnement dans différentes situations et organismes, ainsi qu’une introduction aux techniques de l’interprétation. Les étudiants vont chercher des équivalences de traduction vers leurs langues de travail, mais on s’attarde aussi sur les problèmes déontologiques, les nœuds dans la communication. C’est vraiment les façons de s’adapter dans des situations difficiles que l’on souhaite travailler, plutôt que la compétence linguistique en tant que telle. »

– Bénédicte Diot-Parvaz Ahmad, Responsable de formation du Master TI – Médiation et interprétation en services publics de l’INALCO*